N’ayons pas peur des robots et de l’IA : ils nous facilitent la vie et nous rendent plus humain.

Arnaud de Lacoste - 18 juillet, 2017 - 121

La nouvelle a été présentée comme un coup dur pour l’espèce humaine. Le 31 janvier 2017, le programme informatique Libratus, conçu par des chercheurs de l’université de Carnegie Mellon, a battu quatre joueurs professionnels de poker lors d’un tournoi de plusieurs jours au Rivers Casino de Pittsburg, en Pennsylvanie (Etats-Unis). Score final : près de 1,8 millions de dollars de gains pour le superordinateur !

C’est la première fois de l’histoire qu’un système d’intelligence artificielle prend le meilleur sur le cerveau humain en « no limit hold’em ». Une victoire qui rappelle celle, quelques mois plus tôt, du logiciel AlphaGo face au champion du jeu de go Lee Se-Dol.

Mais contrairement au jeu de go (très complexe), le poker est considéré comme le jeu de carte le plus intuitif et irrationnel. Donc le plus humain. La victoire de Libratus prouve la capacité d’un programme informatique à apprendre de l’homme…pour le dépasser. D’aucun y ont vu immédiatement un nouveau pas franchi vers la domination programmée et inéluctable de l’intelligence artificielle, prenant le pas progressivement sur l’intelligence humaine.

Dépassement de l’humain ou victoire de la recherche ?

Au moment où les Gafa américains (Google, Amazon, Facebook, Apple), les BATX chinois (Baidu, Alibaba, Tencent et Xiaomi), les constructeurs automobiles et l’ensemble des industries et des services font justement le pari de l’intelligence artificielle, faudrait-il en conclure que son avènement va sonner le glas de notre ère, celle de l’intelligence humaine ?

Serons-nous demain dirigés par des robots devenus, grâce à nous, plus intelligents et plus efficaces pour gérer nos vies ? Ou à l’inverse, la victoire d’un programme informatique n’est-elle pas finalement que le triomphe de la puissance de calcul…et rien d’autre que cela. Cette question nous est posée et il nous appartient encore de décider de la réponse que nous voulons lui donner.

Machines et logiciels à notre service

Car l’expérience des premiers robots d’assistance personnelle disponibles sur le marché, qu’ils se prénomment Alexa, Watson ou Siri, ou encore des voitures autonomes, nous ramènent à une réalité plus rassurante que prévue pour l’avenir de l’homme. L’intelligence artificielle ne fait que nous faciliter notre quotidien, en nous assistant dans diverses activités que nous acceptons d’ailleurs bien volontiers de confier à plus efficace et plus technique que nous pour les réaliser.

Commander un livre, converser avec un service après-vente ou encore conduire une voiture n’est en rien la démonstration du talent, de l’intelligence ou de l’esprit humain, ni a contrario celle désormais de la domination de l’intelligence artificielle. N’est-ce pas d’ailleurs le propre de l’intelligence humaine que de savoir inventer des machines pour le remplacer et le rendre meilleur dans ce genre d’activités ?

Le succès récent des « chatbots », ces petits programmes capables de faire interagir la machine avec l’homme grâce à l’intelligence artificielle, en témoigne de la même façon. Grâce à eux, il est désormais plus facile de gérer sa facture de gaz ou de connaître les modalités de vote à une élection. Et demain, ils nous permettront de dialoguer avec notre voiture, notre maison et l’ensemble des objets connectés de notre monde…

Car c’est finalement bien le sens premier qu’il faut savoir redonner à l’intelligence artificielle : être au service de l’homme. Qu’elle traite de la reconnaissance de la voix, des images, des mouvements et ou de leur interprétation, l’intelligence artificielle n’est qu’un outil destiné à rendre un service plus efficace et à libérer l’homme de la contrainte des activités qu’il lui a confiées.

L’émotion, chasse gardée de l’humain

C’est vrai, les ruptures technologiques nous font peur autant qu’elles nous fascinent, mais nous avons la certitude que l’intelligence humaine restera dominante tant qu’elle maîtrisera la seule chose qu’une machine ne pourra jamais transmettre : l’émotion. Ce qui signifie que l’intelligence artificielle ne pourra nous assister que pour des fonctions et des tâches qui ne font pas appel à de l’émotion et des sentiments. L’homme prendra alors le relais de l’intelligence artificielle.

C’est aussi en cela que la technologie risque bien de nous rendre beaucoup plus humain, en nous rappelant ce qui constitue notre avantage comparatif irrévocable : notre capacité à éprouver des sentiments, à comprendre l’autre, à anticiper ses attentes, à deviner ses craintes… Aucune machine n’est capable de ressentir des émotions avec la finesse, la précision, la subtilité mais aussi la faiblesse et parfois le charme de l’intelligence émotionnelle de l’homme.

Nous entrons définitivement dans une nouvelle ère de l’intelligence émotionnelle, dont l’homme reste le seul détenteur et que l’essor de l’intelligence artificielle va accélérer, en offrant par exemple de nouveaux moments de vie « libérés ».

L’avènement de la voiture autonome ne va-t-elle pas ainsi nous donner cette possibilité d’un nouveau moment de convivialité partagée avec nos familles, sans la contrainte de l’action et de l’attention propres à la conduite ? A l’image du repas au XXe siècle, le trajet en voiture (autonome) pourrait bien devenir le vrai moment de partage pour la cellule familiale au XXIe siècle, et c’est une évolution heureuse.

Cet article est paru à l’origine dans les Echos (le cercle/opinion), 03/08/17


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